JEAN-SÉBASTIEN BACH

TRAVAUX DE CLAUDE CHARLIER

 
COLLECTION BACH EN COULEURS

À partir de 2009, Claude Charlier, membre fondateur de l’asbl PÔLE NORD, lance une collection intitulée BACH EN COULEURS.

BACH TEL QU’EN LUI-MÊME
Il s’agit d’une première mondiale à plus d’un titre. Elle alimente une lecture des fugues de Bach réalisées à partir de plusieurs sujets et non sur base d’un seul thème. Elle s’appuie sur des critères scientifiques du XVIIIe siècle et non sur les règles anachroniques de la fugue d’école. En outre cette analyse de type historique se veut diachronique et non ponctuelle comme c’est souvent le cas. Elle remet l’œuvre de Bach dans sa véritable dimension historique. Par ce fait il n'existe plus aucune exception dans l’œuvre du Cantor de Leipzig où on peut ainsi retrouver une unité conceptuelle : une musique qui combine plusieurs thèmes différents et non une musique de développement, ce qui a une incidence réelle sur l'interprétation. Chacun des ouvrages de cette édition présente les partitions significatives de J.-S. Bach complètement en couleur. Cette technique de coloration permet d’apprécier la complexité du travail contrapuntique. Chaque fugue est accompagnée d’un commentaire analytique. 

Le livre de référence pour celles et ceux qui veulent approfondir la question : 
Pour une analyse alternative du Clavier bien Tempéré, par Claude Charlier
Les Éditions Jacquart, Chapelle-lez-Herlaimont, 137 pages, 2009

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ARTICLE

Jean-Sébastien Bach : licence ou liberté ?


par Claude Charlier


                                                                © PÔLENORDGROUP


Il est devenu difficile aujourd'hui d’expliquer la musique complexe de Jean-Sébastien Bach aux non-initiés. Depuis des lustres maintenant, on enseigne que la musique de ce compositeur - plus spécialement ses fugues - est réalisée sur la base d’un seul thème, d’une seule idée. Cette conception conduit à percevoir sa musique comme une œuvre en développement, engendrée par l’élaboration de cette seule idée maîtresse. Or, cette idée qui devrait être présente en permanence dans la fugue – le but de cet exercice - est le plus souvent absente, le compositeur quittant sans cesse le sujet. On se perd alors dans des justifications étranges, où est glorifié le jeu des formes ou le génie d'un maître soucieux d’abandonner le carcan théorique pour s’envoler vers d’autres horizons… On parle de ponts, de motifs, de divertissements, lorsque le sujet désigné n'est pas représenté.


Le problème réside dans le fait que cette lecture présente une œuvre dépouillée de sa substance  principale et vampirisée par d'ingénieux batifolages. En outre une analyse de ce type conduit à une lecture qui ne donne aucune vision d’ensemble, car chaque œuvre se présente comme une exception.


Dans l’interprétation - plus spécialement au piano - chaque fois que le sujet se manifeste, il faudrait le mettre en évidence afin de bien montrer que l’on a compris ce qui se passe. Cette conception se rapproche aussi de ce qu’on enseigne - à tort - de nos jours : à savoir que l’oeuvre d’art, en musique, toucherait à la liberté par l’absence de contraintes.


Mais alors, qui peut relever le défi de situer L’Art de la fugue, véritable testament musical de Bach, lequel se termine sur une œuvre à trois sujets indéniables, donc totalement extérieure à l’analyse générale monothématique des œuvres du compositeur ?

En outre, on sait que Bach a été parfaire son art chez Dietrich Buxtehude, dont les manuscrits mentionnent très clairement: "fuga a due sogetti", "fuga a tre sogetti". Notre analyse, de type historique, se situe dans cette filiation et colmate tous ces trous athématiques par d’autres sujets, d’autres idées. L'œuvre, dès lors, change radicalement de concept. Elle n’est plus une œuvre en développement à partir d’un sujet, mais une élaboration forte qui combine deux, trois voire quatre thématiques.


Pour illustrer les deux types de conception, on pourrait mettre en parallèle les Alléluias de la musique grégorienne, mais aussi le début de la Cinquième symphonie de Beethoven qui sont réalisés par le développement d'une seule cellule. Pourtant, dans cette même symphonie de Beethoven, un parallèle entre ce départ et le commencement du troisième mouvement est éclairant pour saisir les deux techniques d'écriture. Le compositeur donne d'abord un rappel thématique du début de l'œuvre, mais ensuite, à l'entrée des cordes, il poursuit par une esquisse de style contrapuntique - à un seul thème - dont on perçoit immédiatement la densité d'écriture par la difficulté à dissocier chaque voix. Par contre le chœur d’entrée de La Passion selon Saint Mathieu de Bach est, lui, immédiatement conçu par une superposition de plusieurs thèmes. Cette combinaison de plusieurs idées distribuées en forme de tuilage nous offre une œuvre plus complexe, qui mobilise intensément la sensibilité et l'esprit.


Évidemment, Bach produira peu d'œuvres qui se retiennent rapidement, des «tubes», pour employer un mot actuel. Mais n'est-il pas honnête de reconnaître que la densité de sa musique nous ouvre d’immenses horizons et nous emmène, par son rayonnement profond, vers des terres inconnues et exaltantes?


Cette lecture à plusieurs thèmes a également le mérite d’annuler toutes ces exceptions qui naissaient de l'analyse monothématique. L'œuvre de Bach se déploie sous un jour nouveau et dans toute sa cohérence. En ce qui concerne la structure des œuvres, il n’y a plus aucune licence dans la construction mais, ô paradoxe, c’est cette contrainte architecturale qui lui donne tant de liberté.


Enfin cette nouvelle grille de lecture, basée sur les conceptions du dix-huitième siècle et non à partir des règles anachroniques de la fugue d'école, rejoint plus logiquement la tendance générale des grandes formes de l'histoire de la musique, lesquelles évoluent toutes d'une structure monothématique vers une structure polythématique: le ricercar ou la sonate en sont les parfaits exemples.


Comme tous les génies créateurs, Jean-Sébastien Bach se détourne du passé, tout en privilégiant des techniques d'écriture basées sur le contrepoint, plus aptes à rendre la profondeur de sa musique que celles plus légères qui se font déjà jour de son vivant et qu'il rejette en connaissance de cause. Certains musiciens ont bien essayé d'opérer un retour vers son concept et lui rendre hommage comme Paul Hindemith (1895-1963) dans ses Ludus tonalis, mais cette tentative, très méritoire, ne représente encore qu'un pâle reflet des œuvres de son modèle. L'avenir nous dira si le sommet musical atteint par Bach sera un jour égalé ou… dépassé ! 


D’autres articles de Claude Charlier sont publiés sur le site : www.musicologie.org