L’ÉGYPTE ANCIENNE
COMPTE-RENDU - CERCLOZIP
 
 

La famille nombreuse est une bénédiction pour les anciens Egyptiens, comme en témoigne cette maxime courante sur bon nombre de scarabées de la fin du Nouvel Empire :

«Que Ptah fasse perdurer ton nom et t’assure une nombreuse progéniture».

Il est vrai que la mortalité infantile faisait des ravages en Egypte: la moitié seulement des enfants atteignait l’âge de dix ans, avec un pic fatal vers les quatre et cinq ans, il était donc primordial d’avoir un maximum d’enfants.

Les couples stériles pouvaient «acquérir» un orphelin, mais il était capital que le couple ait un fils, car lui seul était accrédité pour assurer le service d’offrandes à son père défunt.


Les Egyptiens se mariaient par consentement mutuel, avec séparation des biens. La femme n’apportait pas de dot, mais un inventaire des biens, qui lui restaient acquis.


Les femmes accouchaient en position assise, sur des sièges bas. L’hiéroglyphe «enfanter» représente la scène de la femme accroupie, la tête de l’enfant apparaissant sous elle.


L’enfant en bas âge était allaité pendant trois mois.



















La femme continue ses occupations en portant son bébé contre elle, d’une façon ou d’une autre. C’est toujours elle qui s’en occupera, le menant à l’école, le surveillant pendant les jeux, le nourrissant avec des poissons pêchés, de la sève de papyrus, des racines bouillies et, bien sûr, du pain et de la bière.

Les enfants allaient nus, portant quelquefois un collier, une ceinture pour les fillettes, et cette mèche caractéristique, orientée de côté sur un crâne tondu. Les enfants riches - filles et garçons - portaient des boucles d’oreilles.   

 



LES ENFANTS DANS L’ÉGYPTE ANCIENNE

PAR CHRISTIAN GUILMIN


© PÔLENORDGROUP

Les jeux des enfants étaient variés: jeux de balle, courses, danses, gymnastique et prouesses de force. Mais aussi jeux cérébraux: le senet - mélange d’échecs et de jeu de l’oie, le jeu du serpent, véritable jeu de l’oie.




























Dès que possible, vers six ans, tous les enfants aidaient leurs parents à la chasse et dans les travaux agricoles (récoltes, glanes, irrigation…). Les fillettes étaient plus particulièrement destinées à l’apprentissage complet d’épouse et de maîtresse de maison : tisser et coudre, aller chercher l’eau, nettoyer, cuisiner…


Bien entendu, il s’agissait là de la vie des gens du peuple, aussi bien les paysans que ceux qui étaient plus aisés comme les artisans, les scribes et même les prêtres. Les parents avaient tous l’espoir de voir leur progéniture emboîter le pas et les emplois des aînés. On trouve ainsi des dynasties de scribes, de prêtres…

A noter que la mère a tout à dire, c’est elle qui dirige la maison. C’est elle qui va donner son accord pour que sa fille courtise car il semble que, pour le peuple, c’est la fille qui choisisse son mari.


Pour les fils du roi, il en allait différemment.

Le roi était le seul à posséder un harem, nécessité de la filiation, mais aussi tradition et cadeaux diplomatiques obligent. Les enfants y naissaient souvent nombreux, sans que le roi ne s’en préoccupe directement. On ne connaît leur existence, et leur carrière, que par les témoignages qu’ils en ont transmis eux-mêmes.

Il est vrai que le roi possédait de nombreuses femmes : la Grande Epouse royale, les reines secondaires - quelquefois des étrangères épousées diplomatiquement - et un autre groupe encore, les «Quequeroux», c’est-à-dire des filles de la noblesse, logées au harem pour y apprendre les bonnes manières et les façons de mener une maison. Ceci fait que le harem était une véritable ville avec plusieurs centaines de femmes, également une très importante domesticité, des propriétés, temples, vignobles, magasins, etc.


Le nombre des enfants était fort variable d’un roi à l’autre, d’un fils unique à plus d’une centaine (Ramsès II) ou même pas d’enfant du tout (Horembeb), mais tous les fils étaient gardés, dès que possible, dans un établissement appelé le Khap, situé à Memphis, près du port. Ils y fréquentaient l’école le matin, l’après-midi étant réservé aux sports - formation militaire et à la formation religieuse. Très tôt, des fils méritants obtenaient le grade de général. Le roi-père pouvait avoir un âge avancé, et ses enfants  compter de quelques mois à une cinquantaine d’années lors de son décès. Aussi trouvait-on, dans la succession possible, des hommes solides auxquels avait été décerné bien plus qu’un titre honorifique. Certains avaient même été promus vizirs (Séti I), d’autres, supportés par un certain clergé, ne pouvaient être âgés que de peu d’années.

Le fils aîné, lui, était systématiquement envoyé au clergé de Ptah, comme prêtre auprès du «Grand Artisan» (le grand prêtre). Il avait le rang de prêtre Sem, c’est-à-dire de prêtre préposé aux funérailles royales.

Néanmoins, les fils étaient rarement «représentés» ou même nommés.

Seul Ramsès II fut tellement fier d’eux qu’il en «représenta» toute une liste à Louxor et à Abou Simbel. Mais si on s’intéresse à la descendance d’Aménophis III, on ne peut faire que l’une ou l’autre conjecture.


Les princes, et sans doute les autres enfants, pouvaient être mariés dès l’âge de six ans. Bien sûr, il s’agissait de mariages arrangés, souvent pour des raisons d’alliances entre familles. Mais les mariages d’amour existaient aussi. La moyenne d’âge est alors de 18/20 ans et la «cérémonie» se concrétisait par un bon banquet unissant les deux familles.

On a peu d’exemples de mariages entre frères et sœurs, seulement quand il s’agissait de conserver des domaines. L’héritage se faisant par les femmes, le fils ne pouvait prétendre à la succession des domaines que par cet artifice, mais cela n’impliquait pas l’inceste. Dans ces quelques rares cas, une autre femme était prise pour la procréation. Notons que dans la langue égyptienne, femme et sœur sont des synonymes, ce qui a pu induire en erreur bien des témoignages d’étrangers ou de traducteurs modernes.

Scènes de jeux d’enfants




Les garçons pouvaient être circoncis, à la puberté, sans obligation ni relation religieuse.

Les petites filles pouvaient jouer «au docteur» jusqu’au mariage, la virginité n’étant pas un critère. Quant à l’homosexualité, elle était permise comme normalement possible, seule la sodomie était proscrite dans toutes les relations.


Les enfants étaient respectés mais, bien que leur mortalité ait été élevée, peu de momies d’enfants nous sont parvenues. Les gens riches avaient certes les moyens de payer une momification, mais n’oublions pas que seule une infime partie des Egyptiens se faisait embaumer, les gens simples étaient enterrés dans le sable, enveloppés dans une simple natte. Quant aux momies d’enfants de riches, on sait qu’à la Basse Epoque, elles attendaient avec les aïeux dans l’atrium de la maison le moment où la famille encombrée trouverait un tombeau collectif.


Par contre, les figurations de divinités en enfants sont légion : en tout premier lieu Horus enfant, souvent représenté sur les genoux d’Isis l’allaitant ; Harpocrate ou Horus guérisseur, nu sur un crocodile avec des serpents en main ; Somtou, portant le némès (coiffure solaire des rois, comme sur le masque de Tout Ankh Amon) et la mèche de l’enfance ; nu, il représente l’union des deux pays ; Khonsou avec la lune comme couronne ; Ihy, fils d’Hathor, portant juste un sistre en main…


     Les grands-parents honorés par leur fils avec les petits-enfants

dont les deux de droite sont déclarés décédés.

Scène de circoncision