L’ÉGYPTE ANCIENNE
 



TOUTE L’HISTOIRE DE L’ÉGYPTE ANCIENNE

SUR BASE DES SCARABÉES GRAVÉS


PAR CHRISTIAN GUILMIN


© PÔLENORDGROUP

 


Depuis la plus haute antiquité, bien avant l’écriture, les Égyptiens ont façonné des millions d’amulettes en forme de scarabées. Cette production a duré toute l’histoire de l’Égypte, de la préhistoire jusqu’à l’époque chrétienne, (et même jusqu’aujourd’hui pour des raisons mercantiles).

Les Égyptiens avaient observé que le scarabée bousier, commun en Égypte, roulait une boule façonnée avec des excréments de mammifères. Après quelque temps, il en sortait des petits scarabées. Ils ont donc associé cette génération spontanée à la résurrection, et la boule au soleil. En fait, c’est que la femelle scarabée pondait ses œufs dans ces boulettes, les larves se nourrissaient des protéines et, une fois formés, sortaient pour vivre leur vie adulte.











Dès les débuts, ces amulettes vont être travaillées dans des pierres dures (cornaline, améthyste, stéatite noire, cristal de roche…) et vont être traitées comme des perles. Percés longitudinalement, latéralement, ou même verticalement, on voit sur ces scarabées les premiers essais de glaçure de faïence. Ils ne sont pas encore inscrits.












Scarabée archaïque en cornaline


Peu à peu apparaîtront des signes d’écriture. Timides et isolés – toujours associés à des volutes ou compositions florales.

Puis l’Ancien Empire voit disparaître les scarabées, remplacés par ce qu’on appelle les “scarabées boutons”. Ressemblant à des boutons avec une bélière, souvent agrémentée d’un animal (lézard, grenouille, oiseau) ou même d’un enfant.

Le plat en est gravé de signes profonds qui devaient servir de cachets.

Les scarabées ne sont pas pour autant totalement oubliés mais ils sont gravés de labyrinthes dont nous ignorons la signification.











Scarabées de l’Ancien Empire avec labyrinthes


À la première période intermédiaire, les signes sont présents sans autre signification que d’être des signes bénéfiques, accompagnés de volutes ou bien simplement une composition de bouquet de lotus signifiant la Basse Égypte.

Au Moyen Empire, les noms de rois apparaissent, ainsi que des gros scarabées comportant une marge de volutes encadrant la charge et le nom d’un grand fonctionnaire. Les signes sont peu profonds et petits. Ces pièces n’étaient donc pas des sceaux-cachets, mais plutôt des “laissez passer” offrant le respect pour leur propriétaire.

Arrive la deuxième période intermédiaire et l’invasion des Hyksos. Leur seule production artistique va être la fabrication de millions de scarabées gravés. Ne possédant pas la langue ni l’écriture, ils se font faire des amulettes comportant des noms de rois fantaisistes et surtout des signes bénéfiques, ainsi que leur divinités: Houroun le faucon et Sobek le crocodile.


Parallèlement, les nationalistes réfugiés au Sud vont façonner des gravures où l’on voit le lion (le roi) terrasser un ennemi ou un crocodile (les Hyksos).

Arrive le Nouvel Empire où la production va se cantonner à graver les noms des rois, des dieux et leur représentation. La plus belle production artistique va se faire sous le règne d’Hatchepsout.

Son neveu prend le pouvoir à sa mort et apparaît alors un phénomène qui va perdurer jusqu’à l’époque romaine: la glorification du nom du roi Menkheper Re (Thoutmosis III). Parallèlement à ce nom, un jeu de lettré apparaît: le grand dieu dynastique Amon s’écrit avec trois signes, on grave alors trois signes “anodins” qui par acrophonie vont reconstituer le nom d’Amon (I M N) qui tout naturellement signifie “le caché”.

Après l’époque ramesside, les scarabées, véritables amulettes, portées par les vivants, vont s’agrémenter de formules soit religieuses, soit morales, soit des vœux: “Amon aime celui qui l’aime”, “Que Ptah fasse perdurer ton nom avec une filiation prolixe”, “Amon est la force de l’isolé”, “Lorsqu’Isis est là, il n’y a pas de crainte à avoir”, etc.


                                                   










     

«Quand je vois Amon-Ra, je n’ai pas peur !»


Avec les chrétiens, les hiéroglyphes et les croyances anciennes étant proscrits, les scarabées vont disparaître, alors qu’ils ont essaimé dans tout le bassin méditerranéen; scarabées étrusques, grecs, romains, utilisant souvent la cornaline, l’agate et la technique de l’intaille.












Scarabée à maxime «beaucoup de beautés»


À la XXVIe dynastie, on fabrique des scarabées non gravés, comportant des pattes ou une bélière sous la bête, et qui étaient glissés entre les bandelettes des momies.

Tous ces scarabées utilisent les matériaux les plus divers: pierres dures, stéatite glaçurée, faïence, bois, ivoire, os, ambre, verre, etc.

C’est à cette époque qu’on grave des scarabées au nom des grands rois des débuts de l’histoire (Menes, Cheops, Mikerinus…)

Il existe également au Nouvel Empire, des gros scarabées (+- 12 cms de long) qui sont comme des “prospectus” fabriqués en série pour essaimer aux quatre coins de l’Empire et qui racontent des faits historiques: batailles gagnées, mariages royaux, arrivées de princesses étrangères, frontières de l’Empire, etc…

Ils sont principalement dus à Amenophis III et sont tous en stéatite glaçurée verte.


Leurs équivalents actuels sont nos modernes médailles: religieuses, astrologiques, attirant la chance, l’amour, militaires même. Les scarabées ont en plus un pouvoir magique: lorsqu’ils étaient en pierre dure, nul besoin de les graver, la pierre elle-même ayant des pouvoirs.

Posséder une telle amulette –dont nous ignorons totalement le prix à l’époque – assurait à son propriétaire la sérénité et le rappel de la certitude d’une résurrection, mais pour nous, ce sont des témoignages de toute l’histoire de l’Égypte.















En bague


On ne parle pas ici des «scarabées de cœur», de 12mm à 20 cm. Jamais troués, on les plaçait sur ou dans la momie à la place du vrai cœur. Environ 10% de ces pièces étaient gravés d’un extrait du livre des morts. Ils étaient fabriqués en pierre de couleur solaire, souvent en noir,  en vert…


Ils n’apparaissent qu’à la fin du Moyen Empire et sont très fréquents à l’époque saïte, pour devenir plats à l’époque ptolémaïque - jamais gravés et cousus sur les bandelettes avec une paire d’ailes.














Scarabée ailé à coudre sur la momie